Tout le monde a fini son café ?
Alors, on reprend !
Vous vous demandez tous pourquoi je vous ai assommé avec les notions d'impédance, d'harmoniques et de hauteur de son ? Pour vous amener à comprendre le fond du problème : les ondes stationnaires. Ah, que voila un beau sujet !
Dans le schéma ci-dessous, vous trouverez la représentation théorique d'une trompette (d'harmonie en Sib, pour ne pas prendre trop de place...).

Vous noterez qu'il y a deux couleurs : rose et bleu pâle. Le rose représente les zones de haute impédance et le bleu les zones de faible impédance. En effet, comme je l'ai déjà expliqué, un tuyau a une résistance à l'air élevée (surtout si son diamètre intérieur est faible), alors que l'air ambiant a une très faible résistance.
On notera, au passage, qu'une trompette peut être scindée en cinq parties distinctes :
- l'embouchure : c'est un adaptateur d'impédance qui va permettre d'ajuster la vibration des lèvres à la résistance du tuyau
- la branche : c'est elle qui détermine la justesse et l'intonation de l'instrument (nous y reviendrons)
- le corps cylindrique de l'instrument : c'est là que les ondes stationnaires s'établiront le plus facilement
- le corps conique de l'instrument : c'est la partie chargée de l'amplification du son
- le pavillon : c'est un adaptateur d'impédance chargé de transmettre à l'air ambiant le son formé dans l'instrument
Quand les lèvres émettent une vibration, le son produit est transmis jusqu'au pavillon de l'instrument. Au niveau du pavillon, il y a une grande différence de résistance entre le tuyau qu'est l'instrument et le milieu ambiant. Il se produit alors un phénomène singulier : une partie du son se transmet à l'air ambiant, le reste est réfléchi vers l'instrument et retourne donc vers l'embouchure.
Cette volte-face du signal va rentrer en collision avec le son qui continue de provenir de l'embouchure et induire ce qu'on appelle un régime d'ondes stationnaires. L'animation ci-dessous montre ce qui se passe.
Le signal oscille sur lui-même et des noeuds de vibration fixes (points rouges) se forment. Pour ceux qui veulent approfondir le phénomène, ils trouveront des informations
ici.
Cette réaction s'étend à tout l'instrument au point de revenir jusqu'aux lèvres de l'instrumentiste pour entretenir la vibration, et ainsi repartir vers le pavillon. Vous aurez tous remarqué qu'il était facile d'entretenir un son, alors que la difficulté était de le créer...
Bien sur, ce régime d'ondes stationnaires ne s'établit pas n'importe comment et à n'importe quelle fréquence ! Il se forme sur les fréquences ayant un pic d'impédance élevé... D'où l'importance du contrôle de ces pics d'impédance à l'intérieur du tuyau de l'instrument...
Un autre point doit être signalé : ce régime d'ondes stationnaire s'établit naturellement, SANS DEPLACEMENT D'AIR. Vous ne voyez pas où je veux en venir ? Eh bien, si vous soufflez comme un malade dans votre biniou, vous allez créer une surpression obligeant les noeuds des ondes stationnaires à se former plus loin dans l'instrument et donc à le rendre faux ! Nous connaissons tous des instrumentistes ne mégotant pas sur l'air et jouant systématiquement faux... Même et surtout dans notre fanfare ! D'ailleurs, on pourrait dire que la devise générale est : "Toujours plus fort, toujours plus faux, toujours plus haut !". Qui plus est, en déplaçant les noeuds, on s'éloigne des pics d'impédance prévus par le fabricant et le son est plus difficile à émettre et à entretenir... Donc, à bon entendeur...
Une autre conclusion qui s'impose : il serait bien que les pics d'impédance de l'instrument correspondent aux notes à jouer ! Evident, non ? Cet après-midi, je me suis "passé" à l'analyseur de spectre. Oui, oui, j'ai pris des risques insensés ! Je me suis enregistré en train de jouer un sol médium sur ma trompette d'harmonie. Et voici le résultat que m'a donné l'appareil :
Feignons la surprise : ah bon, il n'y a donc pas que la fréquence de la note jouée (349,20 Hz) qui apparaît ! Eh non, à part les sons synthétiques générés par les oscillateurs électroniques, tous les sons naturels sont composés de :
- leur fréquence propre (ici, 349,20 Hz)
- et les harmoniques de cette fréquence.
La répartition des harmoniques définira le timbre de l'instrument. C'est ainsi que pour une même note de base, un basson, une clarinette, une flûte et une trompette n'auront pas le même timbre. Les signaux obtenus ne sont donc pas des sinusoïdes, mais des additions de sinusoïdes créant un profil type du timbre de l'instrument. Vous pouvez voir, ci-dessous, ce sol médium de trompette tel qu'il est interprété par un oscilloscope :
Même si le signal n'est pas sinusoïdal, il est périodique, c'est à dire qu'il se répète à l'identique dans un temps donné. Sur le schéma brut de l'oscilloscope, j'ai indiqué trois zones (rouge, jaune, bleu) dans lesquelles on voit clairement que le signal se répète à l'identique dans le même laps de temps.
Mais revenons à l'analyse spectrale. L'affichage de l'analyseur de spectre ressemble beaucoup au schéma de la répartition des pics d'impédance (première leçon), non ? C'est une piste supplémentaire pour nous laisser supposer qu'il serait bien que fréquences émises et pics d'impédance se recouvrent, c'est à dire qu'ils se correspondent pile-poil !
Mais ceci fera l'objet d'un prochain post...
Jean Vasseur